...MAIS UNE INFERIORITE
NUMERIQUE INQUIETANTE
En 1939, la crise polonaise s'aggrava, et les quartiers généraux allemands établirent des plans pour un déploiement préventif de la force des sous-marins. Le 19 août, quatorze sous-marins de Type VII et IX quittèrent les bases allemandes pour l'Atlantique, devant plus tard être rejoint par deux autres U-Boote. Le 25 août, à nouveau quatorze sous-marins de Type II quittèrent les stations de la Mer du Nord. En dépit de ces préventions, le Haut Commandement de la marine allemande, le commandant et le personnel de la flotte sous-marine ne suspectaient pas l'imminence de la guerre. Au mois de juillet, Hitler leur avait promis qu'il ne permettrait aucune guerre contre la Grande-Bretagne, et de toute façon, la force sous-marine allemande n'était pas prête pour entreprendre une mission de cette envergure.
Dönitz avait à sa disposition seulement le sixième de ses sous-marins opérationnels. Mais, avec les pertes prévues et les calendriers de production des sous-marins pour les années à venir, ce chiffre allait diminuer. Même avec l'instauration d'un programme intensif pour la construction de U-Boote, il fallait attendre au moins un an avant d'obtenir des submersibles supplémentaires.
Puis l'Allemagne se retrouva bientôt en guerre contre l'Europe avec une force sous-marine dans l'incapacité de couler suffisamment de navires ennemis... Mais les sous-mariniers et leurs U-Boote étaient prêts à tout.
En raison de la pénurie des sous-marins, il était difficile de maintenir une présence dans l'Atlantique. Après le démarrage des opérations, environ un tiers des sous-marins opérationnels étaient ancrés au port, prêts à être armés et approvisionnés. Un autre tiers partait ou revenait des zones opérationnelles, pendant qu'une douzaine des sous-marins étaient en patrouille. En dépit du nombre restreint des bateaux en action, les premiers mois de la guerre ne furent pas que des échecs. En septembre, les U-Boote torpillèrent 41 navires de commerces avec un total de plus de 150 000 tonnes. Vers la fin de la première phase de la Bataille de l'Atlantique, en mai 1940, les Allemands avaient coulé plus de 750 000 tonnes de navires alliés.
A la même époque, les sous-marins réalisèrent des actions spectaculaires contre les navires de guerre britanniques. A la fin de sa mission, le 17 septembre 1939, l'OL Schuhart, à bord du U-29, repéra un gros porte-avions de 22 500 tonnes : le HMS Courageous était en patrouille à environ 320 km au sud-est de l'Irlande. Cette découverte fut un hasard, car Shuhart recherchait en fait un convoi. Par chance, deux des quatre destroyers de l'escorte régulière du Courageous avaient été détachés pour assister un navire de commerce. Le U-29 n'aurait probablement pas réussi son attaque si le porte-avions ne s'était pas mis dans le sens du vent pour faciliter le décollage des avions.
Le HMS Courageous.
Sa position était idéale pour une attaque aux torpilles. Shuhart fit tirer une salve de trois torpilles à moins de 2 800 mètres : deux d'entre elles touchèrent la cible, qui sombra en moins de 15 minutes, faisant 518 victimes.
Pendant ce temps, les contraintes politiques exigeant l'adhésion des sous-marins aux régulations des prises de navires furent levées. Elles stipulaient l'arrêt et la fouille des navires de commerces avant leur torpillage. Les commandants des forces sous-marines allemandes pensaient que le respect de ce règlement mettait inutilement leurs bâtiments en danger. Ils étaient, de ce fait, partisans d'une guerre sous-marine sans restriction. Le 23 septembre, les sous-marins avaient ordre de couler immédiatement tous vaisseaux ennemis interceptés essayant d'utiliser leur radio. Le 2 octobre, ils recevaient l'autorisation d'attaquer sans sommation tous les navires éteints, au large des côtes française et britanniques. Le 17 octobre, l'interdiction d'attaquer les paquebot fut levée, et les sous-marins eurent la permission d'attaquer sans sommation les navires présumer hostiles. Dés le 19 octobre, ils pouvaient également torpiller tous les navires éteints situés à plus de 20 degrés à l'ouest. Pour des raisons pratiques, la politique officielle contre les navires français et britanniques était devenue une guerre sous-marine sans restrictions, où seuls les vaisseaux neutres n'étaient pas concernés.
En dépit de leur nombre restreint, les sous-marins parvinrent à instaurer leur présence au printemps 1940. Mais de nombreux problèmes firent rapidement leur apparition. Le soutien apporté par les sous-marins pendant l'invasion de la Norvège fut un fiasco. Les détonateurs défectueux des torpilles, et la pénurie de navires opérationnels en étaient les causes principales.
Dés le début du conflit et devant la gravité de la situation, le programme de construction d'avant-guerre fut abandonné pour accentuer la production de U-Boote. Malheureusement la construction d'un sous-marin prenait plus d'un an, et leur pénurie n'allait pas être résolue dans l'immédiat. De plus les disputes intestines et la mauvaise gestion bureaucratique empiraient les choses.
L'Amiral Dönitz avait donc exigé que l'Arme des U-Boote soit responsable du programme de construction. A la place, il dût s'adresser à Hermann Göring, chef de la Luftwaffe et responsable de l'économie allemande. Selon Dönitz, la loi de programmation militaire de Göring accordait trop peu d'intérêt à la production de sous-marins. On lui promit cependant 29 bateaux par mois (un chiffre qui fut plus tard réduit à 25).
--------------------------------------------------------------------------------
Avec les besoins d'entraînement des nouveaux équipages, les pertes inévitables, et les longs délais des programmes de construction, le nombre de submersibles n'augmenta pas énormément au cours des mois suivants. En février 1941, seul 22 U-Boot Atlantic furent envoyés en mer, ce chiffre augmenta régulièrement. Il faudra attendre le milieu de l'année 1943 pour obtenir un nombre raisonnable de sous-marins pour contrecarrer la menace des convois, mais à cette date il était déjà trop tard pour espérer renverser la situation.